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Jeudi 17 juin 2010 4 17 /06 /Juin /2010 21:45

LT 40En dehors du fait d'avoir le sens de l'humour (voir l'interview people précédente), j'apprécie Léo Tamaki pour son regard sur le monde du Budo, sa connaissance des disciplines, des réalités du monde des arts martiaux et de ses pratiquants. Mais aussi bon pratiquant est-on, la recherche fondamentale de chacun tourne toujours autour du concept socratique qui énonce "connais-toi toi-même". Dans cette seconde interview, toutes les questions sont tournées de façon à ce que Léo ne puisse répondre autrement qu'en faisant une introspection de lui-même. Je vous laisse juger des réponses, qui à mon sens, sont à la hauteur de l'homme.

 

 

Cela fait 25 ou 30 ans que tu suis la voie du Budo. Te sens-tu mûrir dans ta pratique ?

Ma conception des pratiques martiales, mes réflexions sur leur nature, mes objectifs pratiques et mon approche technique ont évolué et changeront probablement encore. Cela passe par des erreurs, des tâtonnements mais globalement je suis satisfait de la direction que cela prend.

 

Qu’est-ce qui t’a fait grandir ?

Le parcours d'un pratiquant est le résultat de ses rencontres et de ses expériences. J'essaie de multiplier les deux. J'ai eu beaucoup de chance et je crois avoir su les saisir lorsqu'elles passaient.

 

Dans ton travail d’aïkido, on sent l’apport des autres disciplines que tu étudies, mais tu ne mélanges jamais dans l’enseignement. Comment tu t’en sors pour ne pas être tenté de faire des mélanges ? 

L'Aïkido est au cœur de ma recherche par son esprit et ses techniques. Cela dit il convient de préciser que si ce sont bien sûr les valeurs d'Osenseï qui me guident, techniquement ma référence est Tamura senseï. Non pas que j'estime sa pratique supérieure à celle de son maître, simplement je ne peux concevoir que l'on se revendique, autrement que pour la filiation, d'un adepte que l'on n'a jamais rencontré et dont on n'a pas reçu l'enseignement.

Les techniques martiales ne sont qu'un support. Correctement enseignées elles permettent de modifier l'utilisation du corps. La même technique exécutée différemment mais même simplement sous-tendue par une intention ou une conscience différente ne produira pas le même effet dans ce processus. Etant donné que ce ne sont pas des choses que l'on peut voir en vidéo ou sur des photos, tout du moins à mon niveau, je considère que ce serait déplacé de dire que je suis, ou pire encore, pratique l'Aïkido d'Osenseï. Sans doute est-ce le cas car Tamura senseï transmet l'enseignement de son maître malgré l'évolution de sa forme, sans doute n'a-t-il conservé que l'esprit de sa discipline et a-t-il fait évoluer sa pratique. Les seuls qui peuvent répondre à cette question sont ceux qui ont pratiqué avec Osenseï et Tamura senseï. Je n'en fais malheureusement pas partie. (rires)

  leo-tamaki

A vrai dire je conçois toujours la pratique comme un tout, un processus d'éducation de l'homme par le biais de techniques martiales qui aboutit à une modification en profondeur de l'utilisation du corps et de l'esprit. A ce titre le travail de l'Aïkido, du Shinbukan, de l'Aunkaï, du Hino budo ou auprès de Kono senseï se rejoint à mes yeux. Bien entendu certaines écoles ont des spécificités qui rendent leurs pratiques conjointes difficiles. Ce n'est pas, d'après ce que j'en comprends, le cas de celles que je suis.

Cela étant une discipline martiale est un système qui doit être cohérent, tant dans ses concepts que dans son expression technique. C'est pourquoi même lorsque je retrouve des principes dans d'autres pratiques je n'introduis pas de nouvelles formes techniques dans mon Aïkido. Non pas que cela soit une erreur, une discipline est destinée à évoluer et des maîtres tels que Nishio ou Yamaguchi l'ont d'ailleurs prouvé avec brio, mais tout simplement parce que je ne me sens pas encore assez mûr pour cela. Mes pratiques annexes me permettent donc de travailler certains principes sous d'autres angles et souvent de mieux les comprendre grâce à ce nouvel éclairage, ainsi que parfois d'en découvrir d'autres. C'est tout et c'est déjà énorme.

 

La recherche du vide est un pilier de ta pratique, recherche que l’on sent inspiré par Tamura Senseï que tu connais bien. Comment concilies-tu cela avec le travail du plein que propose l’Aunkaï ? N’est-ce pas antagoniste ou comme un retour en arrière dans ta recherche ?

La recherche du vide est effectivement l'un des piliers ma pratique. Techniquement il est clair que ce n'est pas le propos, du moins dans ce que j'en perçois actuellement, de l'Aunkaï. Le Bujutsu d'Akuzawa senseï est, comme tu le remarquais dans un de tes articles, l'expression la plus forte du Yo (Yang). Il a une conception extrême du combat qui se traduit techniquement par le fait que la relation par rapport au partenaire a une importance minime. Il ne cherche pas à agir par rapport à lui, à lire son intention ou même à effacer la sienne. Dès lors qu'il passe en mode "on" il se transforme "simplement" en ouragan qui dévaste tout sur son passage. Comme il le répète souvent, peu importe la partie de son corps qui touche et celle de l'adversaire qui sera touchée. Et ceux qui ont eu l'occasion de le côtoyer savent qu'effectivement la destruction sera au rendez-vous.

Je pense qu'une des raisons qui sous-tendent les conceptions d'Akuzawa senseï est qu'il n'a jamais étudié et pratiqué le sabre. Sa pratique est essentiellement un travail de Taïjutsu visant à faire face à des adversaires à mains nues. Personnellement je base ma recherche sur la pratique du sabre, considérant toujours même à mains nues que les adversaires sont armés. Ainsi les choix techniques peuvent difficilement être exactement les mêmes. Cela dit je pense que dans l'esprit Akuzawa senseï est très proche des bushis. Son Bujutsu va bien au-delà d'un jeu ou d'un loisir.

 Akuzawa-Minoru

Concrètement le travail de l'Aunkaï m'apporte beaucoup, notamment en terme de conscience du corps, travail de l'unité et renforcement de la structure, choses qui ne s'opposent absolument pas à un travail sur le vide. En simplifiant je dirai que j'apprécie beaucoup le travail de la capacité à absorber l'énergie du partenaire mais que la génération de force m'intéresse moins. Cela dit je dois avouer que je l'apprécie et que l'augmentation notable de la puissance de mes frappes m'a procuré un plaisir enfantin. On ne se refait pas. (rires)

Par ailleurs il faut noter que, même si cela ne se traduit pas de la même façon du tout, Akuzawa senseï répète souvent comme Kuroda senseï qu'il ne faut pas pousser dans le sol, qu'il utilise peu (et j'ai l'impression de moins en moins) de vrilles, et que le travail de la structure se rapproche par certains côtés du principe juntaï du Shinbukan. Ce qui fait que la pratique de l'Aunkaï de la façon dont je la conçois actuellement ne s'oppose pas avec les autres enseignements que je suis et est même susceptible de les améliorer dans une certaine mesure. Et vice-versa.

 

A rencontrer toutes sortes de maîtres, à mieux connaître les racines des arts martiaux et leur histoire, n’as-tu pas eu envie de revenir vers les arts chinois qui sont à la source des budo japonais ? 

Tout d'abord il faut noter que je ne suis pas du tout un spécialiste de l'histoire des arts martiaux. J'en connais probablement bien plus que le pratiquant et même l'enseignant moyen mais je ne suis qu'un amateur vaguement éclairé sur le sujet.

Concernant les arts martiaux chinois ils ont probablement eu une grande influence sur les pratiques martiales japonaises. Cela dit les spécialistes eux-mêmes ne s'accordent pas sur sa portée. Quelle qu'elle ait été l'importance des arts martiaux chinois dans la genèse de leurs arts martiaux, les japonais ont intégré et  digéré cette influence pour en faire quelque chose de nouveau, personnel et particulier. Aussi je ne suis pas certain qu'après des siècles d'évolution l'étude des arts martiaux chinois apporte beaucoup à la compréhension des budos.

 Leo-tamaki-kenjutsu

Durant mon adolescence j'ai d'ailleurs pratiqué le Kung-Fu pendant plusieurs années. Tout d'abord une forme moderne simplement appelée Kung-fu Wu-shu puis l'école de Chang Dsu Yao. J'y ai pris beaucoup de plaisir et j'en garde de bons souvenirs. C'était très physique et cela me convenait parfaitement. Le temps passant je suis retourné vers les arts martiaux japonais. Au-delà des débats stériles sur l'efficacité de tel style ou des arts de telle origine il faut noter que les pratiques martiales sont surtout marquées par la culture qui leur a donné naissance. Cela imprègne leur philosophie et leur esthétique et je pense que c'est un point qui doit être pris en compte lorsque l'on décide de s'investir dans une discipline. Personnellement la sobriété des pratiques martiales japonaises est quelque chose que j'apprécie particulièrement.

 

Dans ta pratique, on voit bien les mouvements terre-ciel, les flux et les reflux, pourtant tu n’expliques jamais la théorie qui se cache derrière tout ça (yin-yang, les mouvements de l’énergie, etc). Pourquoi ?

Il y a à cela deux raisons. La première est que, qu'on le veuille ou pas, nous restons très influencés par la façon dont nos maîtres transmettent. Tamura senseï, Kuroda senseï, Kono senseï, Hino senseï ou Akuzawa senseï n'utilisent jamais de termes métaphysiques dans leur enseignement et c'est donc quelque chose de naturel pour moi.

La seconde est que ce sont des termes qui sont abstraits pour la très large majorité du public auquel je m'adresse. Par exemple pour beaucoup les terme In/Yo ou Yin/yang sont abstraits et ne font pas partie de leur quotidien. Alors que leur utilisation permettait une communication et une transmission efficace entre le maître et les élèves à une époque et dans un lieu donné, il me semble qu'elle ne ferait que les compliquer à notre époque.

 

On dit que l’aïkido est une méditation en mouvement. Est-ce qu’avec les années et la profondeur de l’étude, tu sens s’ouvrir d’autres voies de travail ou de réflexion qui sortent du champ martial ? Si oui lesquelles ? Si non, pourquoi ?

Les voies martiales n'ont pour moi d'intérêt que dans le sens où elles offrent une ouverture sur le monde. Je pense que les budos doivent être plus, et non pas autre chose, que des techniques de combat. Elles doivent nous amener à vivre mieux, plus pleinement.

L'esprit humain ne peut percevoir le monde tel qu'il est. Sans doute les éveillés ont-ils cette capacité. Ou sans doute ont-ils plutôt une véritable conscience de la partialité de leur perception. Quoi qu'il en soit nous percevons le monde à travers notre culture, notre éducation, nos expériences, notre travail, notre religion, etc… Et les voies martiales qui sont un chemin vers l'éveil sont aussi une grille de lecture du monde. Elles permettent de donner un sens aux phénomènes, de les concevoir sous un certain angle et surtout, de mieux interagir avec elles. N'est-ce pas ce que dit Miyamoto Musashi lorsqu'il écrit "J’ai appliqué les principes de la tactique (dans le sens de technique, voie martiale) à tous les domaines des arts. En conséquence, dans aucun domaine je n’ai de maître.".

La pratique martiale sous-tend chaque instant de mon existence. Non pas que je pense en permanence à tuer ou éviter d'être tué, mais les qualités qu'elle développe et la relation au monde qu'elle enseigne sont à la base de chacun de mes actes. En ce sens quelle que soit l'activité à laquelle je m'adonne je considère que ce n'est qu'une expression de ma pratique.

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L'Aïkido est pour moi un trésor parce que Ueshiba Moriheï a transformé une technique guerrière en art de paix fondé sur la compassion. La vie est une lutte permanente pour la survie. La façon dont on aborde les combats auxquels nous sommes confrontés est d'une importance primordiale et je ne peux imaginer meilleure vision à partager que le message d'Osenseï.

 

En tant qu’enseignant, quelle est la chose qu'il te paraît important, voire cruciale, de transmettre à tes élèves ? Des qualités techniques, physiques, mentales ou morales ?

Il y a bien sûr des points techniques qui me semblent importants, des choix que j'ai faits qui guident ma pratique et qu'il est nécessaire de respecter pour ceux qui désirent travailler dans la même direction que moi.

Mais je crois que l'essentiel est de donner envie aux gens de s'améliorer, de pratiquer dans la joie l'esprit ouvert. Je ne crois pas avoir jamais abordé de questions de morale en cours. D'une part parce que je ne suis pas certain que cela soit le lieu adéquat, d'autre part parce que je ne me sens pas légitime à le faire. Je suis encore jeune et j'espère simplement ne pas donner trop mauvais exemple. (rires)

 

Les pratiquants d'aïkido sont réputés pour n'être pas taillés pour une mise en situation réelle de leurs techniques. Penses-tu qu'il faille, d'une manière générale, passer par le combat pour améliorer la pratique au quotidien ?

Je crois en effet que l'Aïkido tel qu'il est enseigné aujourd'hui est l'un des arts martiaux les moins efficaces qui soient en combat. Cela ne me réjouit pas mais ce n'est pas si grave si ses enseignants et pratiquants en sont conscients. En revanche il n'y a rien de plus dangereux que les personnes qui jouent au samouraï et développent un sentiment de sécurité dans une pratique aseptisée et sans danger. La confrontation à la réalité peut s'avérer douloureuse et dramatique.

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Iimura senseï, un shihan 8° dan qui fit sa carrière dans l'armée disait à la fin des années 90 que dans le passé les premiers dans d'Aïkido étaient bien plus forts que les shodans de Karaté ou de Judo mais qu'à présent ils étaient de loin les plus faibles! Et je pense qu'en terme de généralité il avait raison.

A titre personnel je considère l'Aïkido comme une voie martiale. En tant que Voie son but va au-delà de l'apprentissage d'une technique de combat. En revanche je pense que pour en tirer les bénéfices il faut qu'il conserve sa nature martiale et donc sa capacité à être efficace dans une confrontation. Paradoxalement pourtant je ne pense pas qu'il faille combattre souvent. Lorsque l'on combat régulièrement on développe généralement des règles, même si ce n'est qu'implicite. Et peu à peu l'égo des pratiquants prend le dessus, chacun s'employant à vaincre en utilisant des règles qui n'existent pas en dehors du dojo. Par ailleurs la modification de l'utilisation du corps est un processus long et difficile. Lorsque l'on combat trop tôt les progrès effectués dans ce changement disparaissent et l'on retombe dans l'utilisation "banale" qui est la plus efficace tant que les "transformations" n'ont pas été pleinement intégrées.

 

Je pense que le combat est important à partir d'un certain niveau. Mais très peu de personnes atteignent aujourd'hui l'étape où cela devient nécessaire. Maintenant si l'on parle de self-défense c'est autre chose. Il n'est pas nécessaire de chercher la modification de l'utilisation du corps et il est important de faire des mises en situations régulières. Le problème est de ne pas confondre les deux. L'assurance et le sentiment d'efficacité que développe la pratique régulière d'une self-défense peuvent être un frein pour ceux qui ne comprennent pas la différence d'exigence et ne sont pas capables de séparer ces pratiques.

 

On peut dire que tu étudies un gendai budo (aunkaï), un shinbudo (aïkido) et un kobudo (Kuroda ryu). Qu’est-ce que ces différentes méthodes d’enseignement t’apportent ?

La différence principale dans la transmission de ces méthodes est l'ouverture. Kuroda senseï enseigne dans un cadre fermé, uniquement aux membres acceptés dans son école, Tamura senseï enseigne en public mais ne transmet qu'à une minorité et Akuzawa senseï enseigne à chacun sans distinction. Bien entendu leurs pédagogies sont différentes mais je ne saurais dire dans quelle mesure cela a trait à leur personnalité ou à leur discipline.

En revanche le point commun de ces maîtres est d'enseigner les secrets de leur école dès le début. En contrepartie leur exigence quand au respect des points fondamentaux qui sous-tendent leur enseignement est immédiate.

 

Tu es maintenant connu en France et peu à peu en Europe comme celui qui prône le retour aux sources ou tout du moins aux valeurs du Budo. Sens-tu les choses progresser dans le bon sens et selon ton désir ?

Je pense que je suis en partie à l'origine de la vague actuelle de la modification de l'utilisation du corps bien que je n'ai pas créé quoi que ce soit ou même découvert qui que ce soit. Maître Kuroda était connu en France depuis un certain temps grâce aux écrits de Tokitsu senseï et Uemura senseï et les maîtres Kono et Hino étaient très connus au Japon. Simplement j'ai donné de l'audience à leurs pratiques et leurs théories grâce à des articles publiés dans des revues spécialisées et surtout internet. Je crois que sans chercher à exagérer mon rôle ou le minimiser j'ai simplement parlé de certaines choses au bon moment en utilisant les bons médias, rien de plus.

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Bien sûr je suis heureux que tous les maîtres que je suis et fais venir en Europe rencontrent le succès. Parce que les aider à développer leurs écoles est la moindre des choses que je puisse faire pour les remercier de leur enseignement, mais surtout de façon très égoïste, parce que cela me permet d'avoir de nombreux partenaires d'entraînement travaillant dans la même direction. (rires)

Cela dit j'ai bien conscience qu'une recherche aussi difficile et souvent austère restera toujours marginale. Mais c'est aussi bien ainsi.

 

Quel sens donnes-tu au fait d’être vivant et d’être humain ?

Mon père est japonais et il n'est pas du genre à faire de longs discours philosophiques mais je me rappelle très précisément d'une brève discussion que nous avons eue lorsque j'avais seize ans. Il m'a dit: "La vie est courte. Il faut en profiter et essayer de s'amuser à chaque instant.". C'est une leçon que je n'ai jamais oubliée.

Pour moi la vie est un formidable instant dont j'essaye de profiter à chaque moment. Loin de l'image du pratiquant austère qui vit dans la peine et la souffrance, la pratique est ma plus grande joie.

Par Ivan - Publié dans : Interviews - Communauté : Arts Martiaux et enseignement
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Lundi 14 juin 2010 1 14 /06 /Juin /2010 15:57

Leo-jet-prive On ne le dira jamais assez, c’est en posant des questions stupides qu’on obtient parfois des révélations, que dis-je, des scoops. Quittant pour une fois le style sérieux de ce blog, je me suis amusé à faire une interview bling-bling à Léo Tamaki, qui a aimablement joué le jeu en se marrant lui aussi. Il avait, je tiens à le dire, un joker pour ne pas répondre à au moins une des questions, mais il ne s’est pas esquivé une seule fois. Attention, la lecture d’une telle interview peut rendre idiot ou complètement fan, ce qui est un peu la même chose en fin de compte.

 

Bon alors attention, pour te chauffer et voir si tu as des réflexes, une première question hyper pertinente : tu es plutôt sushi ou fromage ?

Léo Tamaki : Fromage l’hiver et sushi toute l’année. Donc plutôt sushi.

 

Bravo, tu as passé la première épreuve. Maintenant avoue tout : c’est quoi cette queue de cheval ? C’est pour avoir un look samouraï ?

L.T. : (rires) Ah non, c’est juste que j’ai la flemme de me coiffer les cheveux. Avant je me rasais mais ça me faisait une sale gueule. J’ai aussi eu une période cheveux longs, mais là c’est bien comme ça.

      leo-tamaki-rase

(Léo dans la série "Kung-Fu Shaolin à Paris")

Quel est la première chose que tu fais le matin en te réveillant ?

L.T. : J’éteins mon réveil, qui est en fait mon iPhone. J’ai un programme, sans doute celui que j’utilise le plus (« sleep cycle » pour les amateurs) qui mesure mes mouvements pendant le sommeil. Ainsi il ne me réveille jamais pendant une phase de sommeil profond à une heure fixe prédéterminée. Non, il s’adapte et me réveille uniquement quand je suis proche du réveil, ce qui me permet d’être moins fatigué et de récupérer plus vite. Tu vois, quand j’appui là, et puis là j’ai un diagramme (nota : Léo me montre plein de fonctions, un graphique, et ainsi de suite. Ce que Léo essaye de nous dire, c’est qu’il est un vrai geek, complètement accroc à la technologie. Cela arrive même aux meilleurs, donc on ne dira rien. Si vous le croisez faites semblant de rien, s’il vous plait, et ne lui parlait surtout pas de son iPhone. Merci d’avance).

 

Tu n’en as pas marre de faire des arts martiaux ? Tu ne voudrais pas faire autre chose parfois ?

L.T. : Non je n’en ai pas marre. J’en ai même pas assez si tu veux tout savoir. Non sérieusement, je ne m’engage pas dans autre chose, sinon je serai frustré de ne pas le faire jusqu’au bout. Mais c’est vrai que je pense souvent à la photo, ou à l’écriture.

 

Ecriture, parfait, j’ai une question littérature pour tester ton QI. Tu es plutôt thé vert ou Théophile Gautier ?

L.T. : Les deux, mais plus thé vert, car il est anti-cancer, alors que Théophile Gautier jusqu’à preuve du contraire, ne l’est pas.

 

Magnifique réponse. On dirait du Prévert. Question géographie maintenant : préfères-tu vivre à Paris ou à Tokyo.

L.T. : Tokyo sans hésiter. C’est pour cela que j’ai décidé d’aller vivre à Valence en Espagne. (nota : il n’était pas tard et il n’avait même pas bu lorsqu’il m’a donné cette réponse. Si quelqu’un arrive à comprendre cette réponse sibylline, qu’il envoie un courrier au Journal Bling-bling, section Interview People, 13 rue de la Bimbo, à côté de chez Maryse qui a les clés du camion. Merci d’avance).

 

(Un bon rire plus tard).Quand tu n’as pas le moral, tu fais quoi ?

L.T. : A vrai dire cela ne m’arrive pas ou quasi pas. Je ne suis pas dans les excès à crier et sauter de joie tout comme à déprimer. Et ce n’est pas une question de contrôle sur moi. Je suis comme ça c’est tout.

 

Le dragon noir sur ton avant-bras droit, intrigue beaucoup nos lectrices qui examinent tes photos à la loupe. Cela te vient d’où ?

L.T. : J’avais 16 ans, je faisais du kung-fu (shaolin quan) à la Montagne Sainte Geneviève et j’étais un peu con. Le dragon c’est l’animal mythique par excellence, alors voilà. Une erreur de jeunesse. J’ai pensé le faire effacer, et puis non. Le problème c’est que c’est assez mal vu au Japon, bien que ce tatouage n’ait rien à voir avec ce que font les yakuzas. Dans les écoles classiques, auprès des vieux maîtres, je fais attention à porter des manches longues.

      leo-tatouage

(Ici un extrait de Léo dans "La bande du Dragon noir", chez Disney)

Question culinaire : quel est le plat que tu fais le mieux ?

L.T. : Arf, les spaghettis (mort de rire). J’en mange tous les jours, voire deux fois par jour.

Ah oui, la grande classe quand même. Et tu connais combien de sauces pour les accompagner ?

L.T. : Heu, l’arrabiata, la bolognese, et heu… enfin…(fou rire). (nota : par pitié, offrez-lui un livre de cuisine. Mieux, des cours de cuisine, c’est urgent).

      leo-spagethi

(Léo aime tellement les spaghettis qu'il les mange à la baguette)

Bon revenons-en aux arts martiaux, je sens que tu seras plus à l’aise. Est-ce que tu portes un pantalon sous ton hakama ou rien ?

L.T. : (éclate de rire). Ah non, je vais encore avoir des problèmes ! En aïkido j’en porte, mais dans les autres écoles, pas du tout.

 

Là c’est clair que tu vas plus être tranquille dans les vestiaires après une telle révélation. Bon question culture : as-tu déjà fait kamehameha à la Dragon Ball Z ?

L.T. : Oui, avec Akuzawa. (rigolade générale).

      sangoku-kamehameha

(La technique Kamehameha de Sangoku vient en fait de l'Aunkaï. Merci Léo pour cette info)

Ton film d’arts martiaux préféré ?

L.T. : Barberousse, Sanjuro et Yojimbo (d’Akira Kurosawa), mais aussi le magnifique Seppuku de Kobayashi.

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(voilà le modèle de Léo. Dans 10 ans, Léo ressemblera à ça. Préparez-vous psychologiquement.)    

Si tu étais un personnage de dessin animé de Miyazaki tu serais qui ? Ou quoi ?

L.T. : Ah là je sais. Un totoro ou un pompoko ? Un totoro dormant dans un arbre, oui ça me plait bien.

totoro-dodo-arbre

(no comment)    

Accroche-toi bien aux branches, maintenant la question JCVD. Il faut que tu répondes comme lui. Qu’est-ce que l’air pour toi ?

L.T. : L’air tu le respires. J’espère ne jamais en manquer… le goût tu sais, il n’est pas le même au Japon ou à Paris. Ça taste différent, tu comprends ? Et la densité aussi à cause de l’humidité. Non mais je ne déconne pas là (rires).

      jcvd-glamour

(JCVD est l'autre grand modèle de Léo. Surtout à cause des fleurs...)

Tu as dépassé mes espoirs les plus fous, merci. Bon maintenant on passe à la vraie question, celle qui trempe de transpiration moite ton public féminin : quand est-ce que tu te marries ?

Le 26 juillet. (nota : Alors, cher(e) lecteur(-trice), si tu imprimes cet article, tu peux rentrer gratuitement au mariage de Léo Tamaki, il y aura des spaghettis à volonté. La grosse fête je vous dis ! Attention l’offre est réservée aux 10.000 premiers lecteurs seulement. Dépêchez-vous !).

      leo-nireaha-tamaki

(Léo en plein essayage de sa tenue de mariage aux Galeries Lafayette)

Waouh, mais c’est un scoop ça, toutes mes félicitations. Et après que fais-tu en septembre.

L.T. : Hé bien j’ouvre un dojo privé Porte d’Orléans à Paris, avec mon frère Isseï et mon ami Julien Petitfour. Et là, les places seront effectivement comptées sur 80m² de tatami. (nota : même offre que tout à l’heure pour les 10.000 premiers).

      leo-et-pluto

(Léo et son premier élève. Derrière on aperçoit l'entrée de son futur dojo)

Excellent, merci Léo. Dans cette interview idiote tu nous as quand même apporté deux scoops. Je te félicite pour ton mariage et te remercie d’avoir joué le jeu avec humour. Allez, pour me rattraper, la prochaine interview sera plus sérieuse.

 

A bientôt chers lecteurs de Hush-hush martial arts.

Par Ivan - Publié dans : Interviews
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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /Nov /2009 09:29

Cette interview de Dany Leclerre, fait suite à celle de Michel Hamon. Elle a été réalisée au moment de la fermeture de feu aïkidoka.fr. Pour cette raison elle n'a jamais été publiée jusqu'à aujourd'hui. J'avais invité Dany Leclerre, peu après la remise de son 7° dan, a déjeuner chez moi. Je jouais le cuisinier dans tous les sens du terme, afin de le cuisiner dans l'interview. Avec bonne grâce et beaucoup d'humour, il a accepté de se mettre à table. Son parcours de Noro à Tissier, en passant par Tamura et Sugano, ainsi que ses réflexions sur l'aïkido belge, sont riches d'enseignement. Je vous laisse découvrir les propos que nous avions échangés à l'époque.
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Ce n’est pas tous les jours que l’on a l’occasion de déjeuner avec un Shihan, surtout quand celui-ci est le tout dernier à avoir été honoré de ce titre. Dany Leclerre, 7e Dan et Shihan donc, a bien voulu se mettre à table, au sens propre comme au figuré. L’actuel président de l’AFA (Association Francophone d’aïkido de Belgique) s’est livré sans complexe ni tabou sur des questions aussi bien personnelles que politiques et nous a parlé de son constat sur sa fédération et l’aïkido en Belgique. Voilà une bonne occasion de découvrir ce personnage de l’aïkido belge.

 

Dany Leclerre bonjour. Quand on regarde votre parcours, on a l’impression d’avoir affaire au premier de la classe : le plus jeune shodan belge, premier yondan Aïkikaï, premier 7e dan et enfin vous venez d'être nommé Shihan par l’Aïkikaï . Bon alors, surdoué ou chanceux ?

Dany Leclerre : Surtout chanceux d’avoir rencontré les bonnes personnes à des moments bien précis. Bien sûr mon engouement et mon engagement pour l’aïkido ont fait le reste, mais sans un bon échange avec les personnes que j’ai croisées, je n’en serais pas là aujourd’hui. Je pense vraiment que c’est de la chance. Et puis il y a la chance d’avoir eu la santé que mes parents m’ont donnée. Sans cela… Mais en me rappelant que j’ai été souvent le premier, je me demande si je n’ai pas été aussi le plus jeune bébé de Belgique (rires). Mais je dois préciser quand même qu’à l’école je n’étais pas le premier de la classe, mais plutôt le chef de bande….

 

La chance c’est une chose, mais je ne suis pas convaincu par votre explication. Car pour en arriver là, c’est aussi des années et des années de travail et de sueur.

D.L. : Oui, mais ça c’est dans mon tempérament. Quand je mets le doigt dans un système, je ne subis pas mais je m’engage. Mon astrologie chinoise est « tigre-capricorne »…. Ceci explique peut-être cela.

 

Vous avez reçu l'an dernier le titre de Shihan, ce qui n’est pas rien. Concrètement, qu’est-ce que cela a changé pour vous ?

D.L. : Pour moi cela n’a rien changé du tout.


Pas de nouvelles prérogatives ?

D.L. : Non, j’avais déjà reçu il y a quelques années l’autorisation du Doshu de nommer jusqu'au 4e dan Aïkikaï. J’ai surtout considéré cette nomination comme une récompense de la part du Hombu Dojo, moins pour moi d’ailleurs que pour ce qu’a réalisé l’aïkido belge depuis de nombreuses années. Si j’avais été dans un pays comme la France, eh bien je n’aurais pas été le numéro 1 dans la liste des « nominés » au titre de Shihan, mais le numéro 10 ou 11. En tout état de cause, pour moi c’est une reconnaissance du Hombu Dojo du travail accompli en Belgique pour l’aïkido. C’est d’ailleurs la grande différence entre ceux qui font de l’aïkido et ceux qui font l’aïkido. Ceci dit, j’ai été extrêmement ému quand j’ai reçu la lettre de l’Aïkikaï m’annonçant la nouvelle.

 

À propos d’émotion, j’ai assisté à la cérémonie de remise du titre par Christian Tissier Shihan, là aussi c’était émouvant.

D.L. : C’était très émouvant, surtout de le recevoir des mains de Christian Tissier, mon professeur et ami, et qui plus est premier Shihan occidental. Donc tout un symbole là aussi. Cela aurait été plus honorable vis-à-vis du Doshu d’aller le chercher au Japon, mais compte tenu de mes obligations professionnelles, je ne pouvais pas me déplacer. Quinze jours plus tard, j’ai voulu partager un repas et refaire un cours avec Sugano Senseï, parce que je lui dois beaucoup également dans ma formation. Et puis, je n’en ai pas l’air, mais je suis un sentimental, et la reconnaissance c’est quelque chose d’important pour moi.

 

Après 43 ans passés sur les tatamis, j’imagine que vous avez des montagnes de souvenirs. Alors, on ne va pas tous les passer en revue, mais je voudrais vous en demander quelques-uns. Quel fut le premier senseï japonais que vous avez croisé ?

D.L. : C’était maître Noro, il venait régulièrement en Belgique au Budo Collège. J’avais 16 ou 17 ans et il me filait une trouille bleue. Il avait – et il a toujours – une présence et un charisme terribles. Je ne me souviens plus du nombre de fois où il m’a dit de me tenir droit (rires). Il a même confié à mon professeur de l'époque que je ne ferai jamais rien de bon en aïkido, que j’avais du plomb dans la tête et dans le derrière… C’est peut-être encore vrai… Un grand monsieur de l’aïkido qui m’a laissé de sacrés souvenirs.

 

Votre première rencontre avec Sugano Senseï ?

D.L. : Là c’était une rencontre étonnante. Nous avons eu la présence de Sugano Senseï en Belgique grâce à l’intervention de maître Tamura. À l’époque, nous étions encore une seule et même fédération nationale, nous n’avions pas encore, hélas, dû nous séparer (Flamands / Wallons) suite aux décisions de nos politiciens. Nous avions donc suffisamment de finances pour faire venir à demeure un Shihan japonais. Tamura Senseï nous a alors dit qu’il connaissait quelqu’un de bien qui voulait s’installer en Europe et c’est comme ça que Sugano Senseï est arrivé à Bruxelles. Il y donnait son premier cours et je suis monté le voir avec mon ami de toujours, François Warlet, 6e dan Aïkikaï et président de la commission fédérale des grades. Quand j’ai vu la stature de Sugano Senseï – à l’époque, il flirtait avec les 100 kg – la taille de ses poignets et de ses avant-bras, ses longs cheveux et sa grosse barbe noire, j’ai vraiment été très impressionné. Il faut dire que ça nous changeait un peu du gabarit de Tamura Senseï ! J’ai dit à François : « et si on regardait d’abord ? ». Il m’a répondu : « attends, on n’a pas fait 200 km pour rester sur le banc. Allez on monte sur le tatami ». Et c’est ainsi qu’au deuxième mouvement du cours, Sugano Senseï m’a pris comme uke et cela a duré huit ans. Voilà. Ce jour-là je m’en souviens comme si c’était hier (rires)

  (depuis la gauche, en 2nd son excellence l'ambassadeur du Japon en France M. iimura,
Christian Tissier puis Dany Leclerre)

La première fois avec Christian Tissier Shihan ?

D.L. : La toute première fois, c’était au congrès de la Fédération Internationale d’aïkido (FIA), au stade Pierre de Coubertin à Paris en 1980. Là je l’ai rencontré comme pratiquant et non comme professeur. Il devait tout juste être rentré du Japon, je crois. Je servais d’uke lors des cours des maîtres présents, comme Tamura, Sugano, Kanetsuka, et Christian est venu spontanément m’inviter pour travailler avec lui. Je ne savais pas du tout qui il était, mais en travaillant avec lui je me suis dit : « sapristi, il y a des chevaux sous le capot de ce type-là ».

Plus tard, quand je suis rentré du Japon en 88, j’étais quelque peu perturbé et je passais par un grand questionnement sur ma poursuite ou non de l’aïkido. J’étais perdu et alors quelqu’un m’a dit : « mais va chez Christian Tissier à Vincennes ». Je l’ai appelé pour demander si je pouvais venir suivre un de ses stages à et j’ai été très bien accueilli. C’était donc la toute première fois que je le voyais en tant qu’enseignant et j’ai été tout de suite extrêmement impressionné par sa présence, sa technique, sa pédagogie, son approche et son attention des gens. Sa volonté de donner et surtout le niveau de ses élèves sur le tatami ! Et voilà comment je suis devenu un élève et, au fil du temps, un ami de Christian Tissier Shihan. C’est vraiment un grand Monsieur qui gagne a être connu y compris dans la « vie civile ».

 

Quel est le maître qui vous a le plus étonné ?

D.L. : Ah ! Ils ont tous leur particularité et ils m’ont tous étonné à un moment ou un autre. Que ce soit Noro, Tamura, Sugano, Tissier, ils m’ont tous beaucoup apporté, chacun à leur manière et chaque fois à une époque différente de mon étude de l’aïkido. Bien sûr certains m’ont déçu aussi mais bon, le temps et les gens changent. Mais ils m’ont tous laissé une trace, c’est sûr, parce que pour en arriver là où ils sont, ce n’est pas un hasard, il faut des qualités hors du commun.

 

Pour mieux vous cerner, on sait que vous êtes complètement impliqué dans l’aïkido belge, mais parallèlement vous avez aussi un métier prenant. Comment faites-vous pour concilier les deux ?

D.L. : Effectivement, c’est un vrai problème et c’est de moins en moins facile ! Je suis manager pour la Belgique et le Luxembourg dans une multinationale suédoise. J’ai un agenda où je ne sais pas glisser une feuille de papier à cigarettes. De plus maintenant je suis grand-père alors il faut rééquilibrer tout cela. On n’a qu’une vie et cela passe vite. Avec l’âge les priorités changent, on n'a plus trop besoin de se soucier de sa carrière et donc il faut réorienter les choses.

 

Je parlais d’implication, car vous êtes le président de l’AFA, vous avez été président du Belgian Aïkikaï, de la Commission Fédérale des Grades, membre de la Commission Technique de la FEA avant d’en partir. Mais c’est un véritable sacerdoce !

D.L. : Oui, et puis je suis tombé dans l’aïkido à l’âge de 14 ans. Avec mon tempérament qui aime que les choses bougent, évoluent, je n’ai pas pu m’empêcher d’essayer de faire avancer l’aïkido en Belgique. Je n’ai pas de mérite particulier sur ce point, car c’est vraiment dans mon caractère. Quand je suis dans quelque chose, je m’implique, je fais tout bouger, c’est plus fort que moi (rires). Donc, mon envie, associée avec les gens que j’ai rencontrés, a fait le reste.

 

Je me suis amusé à sonder les personnes qui vous connaissent bien, vos amis, mais je ne dirai pas qui. Il en ressort les qualificatifs suivants : fier du travail accompli, pas facile, direct, omniprésent et exigeant. Vous vous reconnaissez là-dedans ?

D.L. : Fier non, je dirai plutôt satisfait. En effet, quand je me fixe des objectifs, je vais me battre pour les atteindre. Donc oui, une fois la tâche accomplie je suis satisfait. Et si je rate mon coup, au moins j’aurai tout fait pour arriver, donc je n’aurai rien à me reprocher. Je suis exigeant certes, mais d’abord et avant tout avec moi-même avant de l’être avec les autres. Mais lorsque je demande quelque chose avec une limite de temps, je tiens à ce qu’on respecte les engagements pris en temps et en heure. Mais en termes de qualificatifs, on m’a aussi appelé Benito, Napoléon, etc. Quand on est dirigeant, on est la cible et on cristallise les rancœurs, mais cela ne me dérange pas.

 

Entre le caractère franc et direct qui est le vôtre et le rôle de dirigeant, n’êtes-vous pas parfois obligé d’arrondir les angles, de composer ?

D.L. : Je dis toujours franchement ce que je pense, mais il y a aussi l’art et la manière d’amener des idées. Nous sommes une fédération reconnue par le Ministère des Sports. Cela implique que nous devons régulièrement changer nos statuts pour rester en conformité avec les décrets ministériels. À chaque fois il faut faire une assemblée générale et là il y a toujours des responsables de clubs pour essayer bloquer, qui ne voient pas l’intérêt de ces changements ou qui pensent que cela entrave leur liberté. L’intérêt, il est facile à comprendre : si on ne respecte pas certaines règles strictes, la fédération risque de perdre sa reconnaissance officielle, le label du Ministère, les subventions, tous les avantages qui en découlent, etc. Donc il faut expliquer et argumenter. La majorité des gens ne sont pas fous non plus et en expliquant bien, ils comprennent où est l’intérêt de la fédération et de l’aïkido.

 

Parlez-nous à présent de l’AFA. Quelle est la situation de la fédération en ce moment ?

D.L. : L’AFA se porte bien. Elle comporte une cinquantaine de clubs, avec environ 3000 membres (chiffre de 2006, ndr), ce qui fait des clubs de bonne taille. Sincèrement, je préfère avoir un club de 150 personnes que 10 clubs avec 15 pratiquants. C’est plus intéressant pour l’échange, pour la pratique, pour les stages. Nous avons beaucoup de yudansha, de nombreuses personnes qui vont régulièrement à l’Aïkikaï pour y étudier, nous avons de plus en plus de 3e et 4e dan de qualité, donc tout va bien. Au sein de la fédération il y a des gens qui suivent l’enseignement de Sugano Senseï, ou de Christian Tissier Shihan, il y en a même qui ne suivent que Tamura Senseï, mais bien heureusement la grande majorité font tous les stages, et c’est très bien. Que l’on ait des préférences personnelles, d’accord, moi aussi j’en ai, mais il faut rester l’esprit ouvert et être curieux, aller voir, expérimenter tout ce qui passe à sa portée.

 

Pour les Français habitués aux gros chiffres, je précise que la Belgique est le deuxième pays européen en nombre de pratiquants d’aïkido et en pourcentage de population.

D.L. : Oui d’ailleurs, si on ajoute les Flamands on monte à 5000 pratiquants. Avec 11 millions d’habitants, nous sommes, je crois, la troisième nation représentée, proportionnellement parlant (La France est la première nation d'aïkidoka, proportionnellement et en chiffres absolus, ndr).

 

En tant que président, quels sont vos désirs, vos attentes et vos inquiétudes ?

D.L. : Les désirs, je dirai surtout qu’il y ait la bonne relève administrative qui se présente pour reprendre le relais. Moi avec d’autres de la même génération, cela fait 30 ans que nous gérons les choses, il est temps que cela change. La relève technique est là, aucun souci de ce côté. Mais pour le travail le plus ingrat, l’administratif, le financier, il nous faut du sang neuf. Mélangé avec notre expérience, on pourrait s’assurer de former les cadres pour l’avenir. Alors ça commence tout doucement, avec deux ou trois jeunes qui prennent les choses à bras le corps, mais ce n’est pas encore suffisant, bien que cela me fasse très plaisir.

Pour ce qui est des inquiétudes, je n’en ai pas. C’est vrai que dans un milieu comme le nôtre il y aura toujours une fédération, un microcosme de la vie. C’est un peu comme dans Blanche-Neige et les 7 nains : les 7 nains représentent bien les différentes personnalités que l’on peut avoir dans un groupe, on ne peut pas y échapper. Il faut espérer qu’ils puissent quand même continuer d’habiter la même maison (mais je vous citerai pas les noms des « simplets »….)

 

Je lisais dans un article – un peu daté aujourd’hui – qu’il n’y avait pas assez de stages au sein de l’AFA. Vous êtes d’accord avec cela ?

 D.L. : Non, au contraire, je trouve qu’il y en a beaucoup trop. Le problème est qu’il y a énormément de stages privés. En tant que président je ne veux pas mettre de quota aux stages privés, mais comme les pratiquants ne peuvent pas étirer le temps ni l’argent pour suivre tout le monde et partout alors ils se dispersent. On constate par conséquent un peu moins de présence belge sur les stages officiels de la fédération, parce que les pratiquants préfèrent peut-être suivre les stages privés….

Le problème qui en découle c’est que pour passer un grade dan, il y a un quota de stages à avoir. Nous allons donc revoir ce quota pour les stages de la fédération pour obliger à une plus grande présence des pratiquants et professeurs à ceux-ci. Pourquoi ? Parce que c’est là que les membres de la commission fédérale des grades sont présents, qu’ils peuvent rencontrer et pratiquer avec les futurs candidats et donc se faire une idée de la personne qui ne se résume pas au seul moment du passage de grade.

 

À propos de stage, vous venez de lancer un stage à quatre têtes, avec Louis Van-Thieghem, Aziz Belhassane et François Warlet, tous 6e Dan Aïkikaï. Comment ça se passe ?

D.L. : Il faut savoir que tous les quatre nous avons le même cheminement, la même histoire et le même nombre d’années, à peu de chose près. Nous avons fait toute l’Europe pour suivre Tamura Senseï et on se retrouvait tous les jours auprès de Maître Sugano. Contrairement à ce que certains pourraient penser ou colporter de manière négative, nous sommes de vrais amis, avec un grand A. Cela a permis de faire taire les rumeurs comme quoi on ne s’entendait pas parce que certains sont plus aux stages de Sugano ou d’autres à ceux de Tissier. L’amitié profonde est là. Donc ce stage est plaisant et très constructif pour les élèves.

 

Il faut préciser que ce stage a une particularité, c’est que pédagogiquement, vous vous lancez la balle les uns aux autres.

D.L. : Ah oui ! C’est très amusant. En fait, il y a deux jeux pour nous quatre à travers ce stage. Un : c’est le tirage au sort qui décide, au fur et à mesure du stage, de qui va faire le premier cours, puis le second, etc. Comme ça personne ne sait à l’avance qui va intervenir et quand. Les pratiquants sont obligés de venir pour nous quatre et ne peuvent pas faire de choix. Deux : le défi c’est qu’il doit exister un fil conducteur. Donc le deuxième intervenant doit rebondir sur ce qu’a fait le premier, puis le troisième fait de même sur le second, et ainsi de suite. C’est très amusant, enrichissant, autant pour nous que pour les pratiquants, que l’on voit d’ailleurs se régaler.

 

En Belgique comme dans les autres pays, il existe plusieurs fédérations et groupes d’aïkido. Quelles sont vos relations avec les autres ?

D.L. : Pour ce qui est de la VAV (la fédération flamande de Belgique, ndr), nous avons des liens d’amitié très forts, qui datent de l’époque où nous étions tous ensemble sous l’égide de Sugano. Je voudrais sincèrement renouer les fils aujourd’hui et recréer des activités communes. Nous faisons tous les deux partie du Belgian Aïkikaï. Mais alors que nous, nous sommes ouverts à un grand nombre de senseï, eux sont restés exclusivement tournés vers un ou deux Senseï et cela ne leur a pas porté chance. Et c’est un peu normal, parce que malgré tout, on ne peut pas empêcher qui que ce soit d’aller voir ailleurs et d’essayer d’autres formes de pratiques.

Pour ce qui est d’Aïkilibre (groupe indépendant en Belgique, ndr), le groupe est tout d’abord très petit au niveau du nombre de clubs et de pratiquants et sincèrement je me demande où est leur liberté ? D’ailleurs sur leur site je vois qu’ils n’affichent pas tous les stages, y compris ceux de Sugano Senseï, etc... Je ne comprends pas que l’on puisse s’appeler « Aïkilibre » et ne pas mettre toutes les annonces sur son site pour informer leurs membres d’aller pratiquer partout en toute… liberté ! À mon sens c’est liberté oui, mais très surveillée et limitée.

L’EPA-ISTA, que l’on connaît, est issue d’Alain Peyrache. Nous avons eu des personnes qui nous ont quittés pour aller dans ce groupe, souvent parce qu’ils ratent des grades ou pour ne pas subir les contraintes légales imposées par le Ministère. Bon, soit. Ils sont shodan chez nous et passent directement yondan là-bas… il faut bien les récompenser… Après quelque temps, ils s’aperçoivent qu’ils ne sont pas si bien et veulent réintégrer l’AFA. Et là cela pose un souci parce que pour nous ils sont encore premier dan, pas quatrième… Donc, moi je veux bien faire grandir l’AFA, mais pas à n’importe quel prix. Cela m’agace d’avoir affaire à des gens qui partent et reviennent. Il faut savoir ce que l’on veut.

Enfin, il y a l’autre fédération, l’UBeA (seconde fédération de Belgique, dans la ligne de Tamura Senseï, ndr). Je voudrais tout d’abord préciser qu’il n’y a pas vraiment photo entre le nombre de pratiquants et de yudansha de l’AFA comparé à l’UBeA. Par ailleurs l’AFA est la seule fédération reconnue par le Ministère des Sports de la Communauté Wallonie-Bruxelles de Belgique, reconnue par le Comité Olympique et Interfédéral Belge, membre de l’AISF (Association Interfédérale du Sport Francophone). Seule fédération reconnue par l’Aïkikaï de Tokyo, membre du Belgian Aïkikaï, seule fédération reconnue par la Fédération Internationale d’aïkido (FIA). À leur sujet, je dois dire une chose : à plusieurs reprises je leur ai proposé de dissoudre nos deux fédérations pour qu’ensemble nous trouvions un nom et une organisation commune, une seule fédération. Non pas parce que je les considère comme des concurrents, mais parce que je trouve que ce serait une bonne chose pour le futur de l’aïkido. Eux aussi leurs dirigeants arrivent en bout de course, eux aussi auront le problème de la relève administrative. Ils n’ont jamais accepté, sans doute parce qu’ils ont peur de se faire manger et de ne pas avoir le droit à la parole. C’est faux, parce qu’avec notre système démocratique d’élections des représentants par province lors de nos AG, ils pourraient avoir des places au conseil d’administration, il n’y a pas de problème. D’ailleurs si dans ce cadre, le prochain président devait sortir des rangs de l’UBeA, cela ne me pose aucun souci. Bien au contraire, ce serait une belle leçon de démocratie. La technique c’est autre chose. Mais tant qu’ils disent la vérité, que c’est de l’info et pas de l’intox, cela ne me dérange pas. À mon sens, pour le profit des deux fédérations, une seule entité me semble être la meilleure chose pour le futur de l’aïkido belge. Je ne parle pas d’un organe faîtier comme l’UFA en France, mais bien d’une seule fédération nationale. Ou alors je me trompe : cela ne marche pas trop bien en France, cela ne marcherait pas en Belgique non plus, c’est de l’artificiel.

Pour en terminer sur ce sujet, je voudrais quand même rappeler que lorsque Sugano Shihan résidait en Belgique ( 1980 à 1988), Mr Lindebrings ( président de l’UBeA à l’époque) et moi-même avions conclu un accord de collaboration du passage de Sugano S. dans les dojos de l’UBeA et que cela fonctionnait bien.

 

Vous ne jugez donc pas que les deux fédérations soient irréconciliables ?

D.L. : Non, pas du tout. Bien souvent les problèmes de rencontre entre les fédérations, ici comme ailleurs, ce sont des problèmes de personnalités qui sont là depuis longtemps. Les anciens conseillers ou la garde rapprochée bloquent les réconciliations. Il faut voir que certaines personnes se font valoir grâce à leur position. Ils sont numéro 1 ou 2 dans un petit groupe et ils ne seraient que numéro 5 ou 6 dans un groupe plus grand et ça, ce n’est pas bon pour l’ego. Mais ce n’est pas cela qu’on vise dans l’aïkido. L’intérêt supérieur c’est le développement de l’aïkido, pas sa position à soi. Et puis il y a le problème des grades Aïkikaï…

  (Dany Leclerre au premier plan, transpirant comme tout le monde au stage de Wégimont 2009)

Vu de l’extérieur, on a l’impression que l’aïkido belge a un vrai potentiel, mais se développe lentement. Est-ce votre sentiment ?

 D.L. : Il faut dire que l’aïkido est considéré comme un sport de loisir et n’a donc pas de compétition. Du coup, en Belgique où l’on ne jure que par le football et le cyclisme, nous sommes vraiment les parents pauvres. C’est la croix et la bannière pour qu’un média s’intéresse à nous et fasse un article. En France il y a de nombreux médias spécialisés dans les arts martiaux, mais la presse généraliste fait facilement des comptes-rendus sur l’aïkido. Pas ici. Donc pour se faire connaître, pour la promotion de l’aïkido, c’est difficile.

Maintenant, vu le pourcentage de pratiquants par rapport à la population, je pense que l’on est arrivé à une stagnation. Il faut donc penser et trouver d’autres moyens, d’autres approches pour faire connaître l’aïkido. Faire croître l’aïkido n’est pas simple. Pourtant, côté technique, nous sommes assez privilégiés. Il y a de nombreux gradés de qualité, et nous avons également l’Allemagne, la Hollande et la France à deux heures de route, ce qui nous permet de suivre un grand nombre de stages importants. Nous recevons tous les ans des Shihan du Japon et d’ailleurs, nous avons donc la qualité. Celle-ci permettra forcément d’attirer plus de monde un jour, mais il faudra du temps et des volontaires pour s’impliquer dans cette mission.

 

Côté relation avec le Ministère des Sports, vous sentez-vous correctement soutenu ?

 D.L. : On ne va pas se plaindre, nous sommes dans une conjoncture délicate, ce n’est un secret pour personne et tous les ministères doivent réduire leur budget. En Belgique le sport n’est pas vraiment le parent favorisé, et en plus s’il n’y a pas de compétitions, on est le dernier servi. Mais on pourrait faire mieux si je pouvais passer plus de temps au Ministère. J’ai plein de projets en tête qui leur plairaient, mais je n’ai pas assez de temps pour cela.

 

Des élections auront lieu l’année prochaine. Est-ce que vous comptez vous représenter ?

 D.L. : Aujourd’hui je n’en sais rien. J’avais déjà démissionné en juin dernier de mon mandat précédent, mais à la dernière assemblée générale du mois de février, il y a eu un changement-surprise et le président par intérim n’a pas été reconduit dans sa position. Du coup l’assemblée générale et conseil d’administration m’ont demandé de revenir sur ma décision jusqu’à l’année prochaine et de reprendre les rênes de l’AFA. Donc en ce moment je suis plus en train de penser à préparer la relève plutôt qu’à ma propre succession.

Mais fondamentalement, je me verrais plutôt à un poste de relations publiques pour laisser à d’autres la présidence tout en continuant à pousser la fédération, à proposer des projets de communication. Le marketing, le contact, les relations publiques etc… c’est aussi ma formation.

 

Comment voyez-vous l’AFA dans 10 ans ?

 D.L. : Mon souhait est surtout de développer l’aïkido, sans forcément être dans le cadre strict de l’AFA. Il y a beaucoup de gens qui ne connaissent pas du tout et qui trouveraient beaucoup de bien-être à pratiquer. Il faut aller les chercher. Mais pour l’AFA, je ne sais pas. Peut-être que je ne vois pas l’AFA dans 10 ans, mais une structure unie pour le bien de l’aïkido.

 

Revenons-en au pratiquant que vous êtes. Qu’est-ce qui vous motive à enfiler encore et toujours votre keikogi après tant d’années ?

D.L. : D'abord, il faut bien dire qu’avec l’âge je choisis mes stages et que même dans ces stages, je ne fais pas toujours toute la durée, car il faut équilibrer avec la vie de famille. Mais sincèrement, à chaque fois que je mets mon keikogi, avant de monter sur le tatami j’ai une boule au creux de l’estomac, une émotion qui est la même qu’à mes débuts. Comme à mon premier rendez-vous amoureux… Cela n’a pas changé. Je ne sais pas si les autres gradés ressentent cela, mais pour moi c’est toujours la même sensation, c’est bon signe non ?

 

Mais, c’est l’esprit du débutant ça !

D.L. : C’est ça ! C’est pourquoi je m’efforce toujours de monter sur le tatami comme si c’était la première fois. C’est pour moi le seul moyen de progresser. Je redécouvre des choses de cette manière. C’est un bon conseil que je donne à tout le monde. Et puis il ne faut pas aller dans un stage pour regarder passivement, mais pour voir ce qui s’y fait avec un œil neuf et actif. Enfin, je prends toujours un plaisir fou à travailler avec les jeunes qui montent, les sentir progresser, les guider, et c’est un grand plaisir à chaque fois. C’est une grande motivation.

  (Sugano Sensei, sur shihonage)

Après que Sugano est parti aux États-Unis, vous avez eu une période de doutes où vous avez failli tout arrêter. Quelles sont les questions que l’on se pose à ce moment-là et qui permettent de faire le tri et de rebondir dans la pratique ? Bref, comment faire sa traversée du désert ?

D.L. : Chez moi c’est à l’instinct que cela se fait. Notamment après un stage, la satisfaction d’avoir bien appris, d’avoir progressé, mais aussi de réaliser combien nous sommes loin de la perfection et de la recherche encore à accomplir, tout cela nous permet de donner un élément de réponse sur son désir de poursuivre ou non. Il faut donc aller se questionner au fond de soi-même. Sans vouloir être trivial, pourquoi un homme quitte-t-il sa femme pour une autre ? Sans doute parce qu’il n’a pas trouvé ce qu’il cherchait au fond de cette relation. Pourquoi est-ce qu’on déménage après 10 ans passés dans une maison ? Peut-être parce qu’on en a marre là aussi. Alors, ce n’est pas très philosophique ce que je dis, mais c’est la vie qui est ainsi faite. Rien n’est figé dans la vie. En aïkido c’est souvent la relation à l’autre, et en particulier à son professeur, qui fait la différence. Pour moi à chaque fois ça a été « de tripes à tripes » (allusion à l’expression isshin denshin, d’âme à âme, ndr). La rencontre avec l’autre.

 

Selon mon petit rituel de fin d’interview, je vais vous demander si vous avez un petit message personnel à donner à nos lecteurs ?

D.L. : Je redis ce que j’ai dit tout à l’heure. Il faut remonter sur le tatami avec l’esprit du débutant et apprendre à voir vraiment. Si vous passez tous les jours devant un arbre, vous ne le remarquez même plus, même lorsque vous vous abritez dessous. Et puis un jour vous le regardez vraiment et vous vous dites : « mince, il est beau cet arbre ! ». Et bien j’aimerais que tous les pratiquants, peu importe leur niveau ou leurs années de pratique, descendent chaque fois du tatami après un cours en se disant : « ah, qu’est-ce que c’est beau l’aïkido ! ».

 

Merci beaucoup pour ces mots qui, je l’espère, résonneront longtemps à l’oreille des pratiquants.

D.L. : Avec plaisir.

Par Ivan - Publié dans : Interviews - Communauté : AIKIDO
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Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /Nov /2009 21:45
Cette semaine je vous présente l'une des deux grandes figures de l'aïkido francophone. Le premier est Michel Hamon, président de la ligue Île-de-France FFAAA, qui fut l'un des piliers de l'aïkido français. J'avais eu le plaisir de l'interviewer début 2008. Son trajet nous rappelle les grandes périodes de l'histoire de l'aïkido en France.
Vous découvrirez le second la semaine prochaine dans une interview encore jamais publiée. Je vous y présenterai Dany Leclerre, 7° dan, haute figure de l'aïkido belge.

 

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Michel Hamon, pratique l'aïkido depuis plus de 45 ans. C'est un des quelques acteurs clés de la mise en place et du développement de l'aïkido en France. En 2006, il me faisait le plaisir de revenir sur son propre parcours ainsi que sur l'historique de l'aïkido français. Un témoignage passionnant et instructif.

À quelle époque avez-vous commencé la pratique de l’aïkido ? Quel est votre parcours ?

Michel Hamon : J’ai commencé l’aïkido en 1963, tout à fait par hasard. Je dirais même plus par curiosité que par intérêt porté à cet art martial, très peu connu à cette époque. Je pratiquais le Judo qui, lui, était déjà bien connu et implanté sur notre pays. Je disais que j’avais découvert l’aïkido par curiosité car, fréquentant les salles de sports que la Banque de France mettait à notre disposition, je fus attiré par des cris peu ordinaires qui me firent pousser la porte du dojo. Je vis tout de suite que cela ne ressemblait pas au Judo… mais à quoi ? Je me renseignai alors près de celui qui me paraissait être le responsable en titre, qui me dit que cet art était de l’aïkido… Ce nom m’était complètement inconnu.

Et qui avez-vous rencontré en poussant la porte ?

M. H. : Monsieur Guy Lorenzi. Il m’expliqua ce qu’était l’aïkido : « Canaliser l’énergie du partenaire et la retourner contre lui-même, être en accord avec le partenaire, unifier le corps et l’esprit, etc. ». Je m’inscrivis à la section Arts Martiaux de la Banque de France simplement pour voir ce que c’était que l’aïkido. À cette époque, la section aïkido de la Banque de France était ce qu’est Vincennes aujourd’hui, c’est-à-dire le passage obligé de tous les pratiquants venant de province ou de pays étrangers, Japonais ou Européens. Comme tous les pratiquants, j’ai passé les échelons du 6e kyu à la ceinture noire 1er dan, ce qui n’était pas une fin en soi car il fallait continuer la pratique sans cesse pour un jour espérer comprendre l’essence de l’aïkido.

Quand avez-vous commencé à enseigner ?

M. H. : Mon professeur, toujours le même, me lança dans l’enseignement en 1967. Je suis devenu professeur malgré moi à Villeneuve le Roi (94), mon premier club d’enseignant. Dans la même année, je suis allé enseigner dans un autre club à Yerres (91), dans lequel je suis resté 10 ans. En 1976 j'ai été invité par Monsieur Arnaud, président de l’importante section de Judo à Sainte Geneviève des Bois (91), pour reprendre l’enseignement de l’aïkido qui avait été abandonné quelques années auparavant. Depuis cette date, près de 35 années, j’enseigne dans ce club, qui est devenu depuis plus de 10 ans une section complètement autonome. J’ai également ouvert en 1991 la section de Draveil (91) et j’y ai enseigné. Bien entendu je continuais à m’entraîner régulièrement et je participais à tous les stages d'aïkido à Paris et aussi en province. Cet art nouveau me prenait, et une sorte de passion s’emparait de moi ; j’avais quelque chose qui me guidait, d’autant plus que j’ai eu la chance de côtoyer Maître Nocquet qui fut pour moi une révélation, l’homme qui avait été très près du Maître Fondateur de l’aïkido, O Senseï Morihei Ueshiba. Il me semble qu’un déclic se fit en moi, je me destinai donc à l’aïkido.

C’est donc André Nocquet et Guy Lorenzi qui vous ont donné la vocation, excusez du peu. Que s’est-il passé ensuite ?

M. H. : Je dirais que c'est surtout Guy Lorenzi qui a su me guider, me diriger : c’est grâce à lui que je suis devenu ce que je suis aujourd’hui. En 1969, j'ai passé le 2e dan avec succès. Cette année-là je préparais Jean-Luc Subileau, mon premier élève, au passage de 1er dan : cet élève est aujourd’hui 6e dan, je suis fier de lui et de sa réussite dans cette discipline. Depuis, d’autres ont suivi et je crois pouvoir dire sans prétention, mais avec une fierté toute légitime, que j’ai formé à ce jour plus de 100 ceintures noires du 1er au 6e dan. Certains sont devenus responsables de clubs ou délégués régionaux ; d’autres, comme moi, ont pris des responsabilités de direction administrative, sans pour autant oublier le chemin du dojo.

Qu’est-ce qui vous a donné cette envie de participer autrement que par la technique au développement de l’aïkido en France ?

M. H : J'ai assisté à une réunion régionale en 1972, du temps où l’aïkido se trouvait au sein de la FFJDA. De nombreux points avaient été débattus, notamment celui de l’entrée de l’ACFA (Association Culturelle Française d'aïkido) avec Maître Tamura, et celui de la création de l’UNA (Union Nationale de l’aïkido). On demandait également des volontaires pour l’aïkido au sein de chaque association de la FFJDA. J’appartenais au groupe Nocquet et je me suis porté volontaire pour aider notre groupe ainsi que les deux autres à former une ossature solide pour l’avenir de notre discipline. Comme l’histoire le relate, des conflits entre les groupes naissaient et des ruptures se firent au sein de l’UNA, ce qui retardait l’union de l’aïkido. Le temps passa et en 1973 j’obtins le 3e dan. Le groupe de Maître Nocquet était devenu indépendant et je fus nommé président de cette fédération indépendante appelée FFAD (Fédération Française d'Aïkido). Je fus très honoré et en même temps désorienté de prendre une telle charge et responsabilité, car cela était un poste important : je ne savais pas si j’allais réussir à remplir la tâche qui m’était donnée.

Mais l’histoire du groupe de Maître Floquet ne s’est pas arrêtée là !

M. H. : Oui, en effet. Un an plus tard le groupe CERA (Cercle d'Étude et de Recherche en aïkido et Kobudo), avec Maître Alain Floquet pour responsable technique et Claude Jalbert pour président s’associe, à la FFAD. Ce groupe pratiquant les armes du Kobudo, il fut décidé après une réunion que la FFAD était dissoute au profit de la FFAK (Fédération Française d'aïkido et Kobudo). De ce fait, de nouvelles élections eurent lieu. Claude Jalbert fut élu président, moi vice-président et responsable du groupe André Nocquet, et Hervé Villers responsable du groupe CERA. En 1978 je réussis l’examen du 4e dan et je fus nommé conseiller technique du Groupe André Nocquet. Je devins aussi membre et vice-président de l’UEA (Union Européenne d’aïkido), fédération qui avait été créée par Maître Nocquet en 1972. C’est en 1979/80 que l’aïkido recevait sa deuxième secousse : le départ de Maître Tamura de la FFJDA. Ce groupe forma sa propre fédération du nom de FFLAB, qui devint par la suite la FFAB. Ainsi, une deuxième fédération fonctionnait en dehors de la FFJDA.

Vous avez été au cœur de l’histoire de l’aïkido français. On comprend mieux que vous ayez écrit un livre à ce sujet. Pouvez-vous nous raconter comment s’est créée la FFAAA ?

M. H. : Oui. En fait, lorsque FFLAB s’est créée, il ne restait plus qu’un seul groupe au sein de la Fédération de Judo : le CNA avec Christian Tissier, nouvellement arrivé du Japon. C’est alors que l’idée me vint d’inviter M. Abel, responsable du groupe CNA, accompagné de C. Tissier et M. Clériot, pour venir assister à une soirée commémorative en l’honneur de O Senseï Ueshiba et orchestrée par Maître Nocquet. Cette soirée avait pour but de discuter de la possible « Union » entre le CNA et la FFAK. J’en avais averti C. Jalbert et H. Villers, qui avaient trouvé mon idée judicieuse. Nos invités répondirent présents et c’est à partir de cette soirée que fut bâtie et échafaudée la nouvelle fédération d’aïkido. Beaucoup de réunions se succédèrent (une par mois) jusqu’à ce que les deux parties soient d’accord pour créer la nouvelle FFAAA, hors de la FFJDA. C’est donc tout naturellement que je devins membre de cette nouvelle fédération, où j’ai occupé de nombreux postes à responsabilités. En 1985, je fus honoré du 5e dan. Les années qui suivirent furent consacrées à mettre sur pied l’UFA (Union des Fédérations d'aïkido) pour préparer l’unification de l’aïkido tout entier dans une seule et même Fédération. Toute l’équipe composant la FFAAA s’y emploie activement.

Comment s’est fait le choix de donner la place de directeur technique à Christian Tissier ? Et comment a t-il réagi ?

M. H. : Je pense très sincèrement qu’il n'y avait pas photo. Christian revenait du Japon après y avoir séjourné près de 7 ans, ramenant avec lui un bagage technique approfondi, sa jeunesse, son charisme, sa gentillesse, sans oublier sa grande technique. Il ne faut pas oublier qu’il a travaillé avec le Doshu de l’époque, Kisshomaru Ueshiba, avec Seigo Yamaguchi et bien d’autres senseï : c’était l’homme providentiel. C’est à partir de là que l’aïkido fit une avancée exceptionnelle. Maître Nocquet m’avait dit avoir trouvé celui qui pouvait continuer la tâche qu’il s’était donnée : développer l’aïkido et le faire aimer aux Français. Aujourd’hui tous les pratiquants reconnaissent les qualités techniques et pédagogiques de Christian. La réaction de Christian s’est faite normalement puisque personne n’a contesté sa place de dirigeant. À mon avis, tout lui paraissait normal dans ce sens puisque tous les pratiquants reconnaissaient ses valeurs et qualités de grand aïkidoka français et européen.

On m’a dit qu’à cette époque vous avez fait de nombreux séjours à l’étranger, notamment en Afrique. Qu’y faisiez-vous ?

M. H. : J’allais en Afrique Équatoriale, au Gabon, au Congo, surtout pour y développer l’aïkido avec l’aide de ressortissants français installés là-bas, comme Claude Walla pour le Congo, et Émile Vansteland pour le Gabon, lequel était aidé en cela par Fidèle Pambo, un technicien gabonais qui a fait ses études à Rennes tout en y pratiquant l’aïkido. Je m’y suis rendu sept fois et je peux dire que l’aïkido africain est bien implanté et se porte bien. Je me suis aussi rendu en Hongrie à plusieurs reprises et j'ai aidé les aïkidokas de ce pays à prendre leur indépendance vis-à-vis de la fédération de Judo hongroise. J’ai visité plusieurs pays européens occidentaux à plusieurs reprises. Dernièrement, au mois de mai 2007, je me suis rendu au Viet Nam pour y diriger un stage pendant 10 jours. Là aussi j’ai été surpris par l’essor grandissant de l’aïkido au pays du Viet Vo Dao. Je devrais y retourner l’an prochain si tout va bien. Et puis bien sûr, en 1992 j’ai été élu président de la ligue Île-de-France FFAAA, poste que j'occupe encore aujourd'hui.

Parlez-moi un peu de cette ligue que vous dirigez ?

M. H. : Cette ligue a vu le jour en 1983. Comme la FFAAA, elle comprend 8 départements : 75, 77, 78, 91, 92, 93, 94 et 95. Tous ces départements sont structurés autour de la région IdF. L'administration se compose d’un secrétariat, dirigé par Josette Nickels, directrice administrative, et Catherine Gorrara, secrétaire. Toutes les deux gèrent la destinée de la ligue. Le comité directeur se compose de 9 membres, 6 pour l'aïkido et 3 pour l'Aïkibudo. Notre directeur technique régional, Bernard Palmier, est 7e dan D.E. et secondé par 3 autres techniciens également D.E. La ligue compte plus de 8000 licenciés toutes disciplines confondues, et je pense très sincèrement que nous atteindrons les 10000 licenciés dans les années à venir : cette région est la plus importante de la fédération. Je m’arrêterai là, car nous devons dans un avenir proche faire un reportage sur cette ligue.

Diriger une telle ligue ne doit pas être facile tous les jours, j’imagine. Quelles sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

M. H. : C’est un travail très prenant mais je suis aidé en cela par le secrétariat et mes camarades du bureau. Vous savez, les difficultés… qui n’en a pas ? Lorsque vous prenez des responsabilités, elles font partie du travail. Sans difficultés, cela voudrait dire que la région serait un fleuve tranquille et sans vie. Nous les surmontons tous ensemble et cela nous paraît bien plus facile à gérer.

Le fait d’être à la tête de la ligue la plus importante de France doit aussi avoir des avantages et permettre de nombreuses réalisations. Parlez-nous un peu des projets de cette année.

M. H. : Je vous en parlerai lors d’une prochaine interview. Pas tout à la fois… Il faut garder un peu de suspense.

Je crois savoir que vous n’étiez pas en France lorsque vous avez reçu votre 6e dan. Pouvez-nous raconter cette petite anecdote ? Comment cela s’est-il passé et où étiez-vous alors ?

M. H. : Je me trouvais au Japon à ce moment-là. Cela se passait en 1996 – 12 ans déjà, comme le temps passe vite. Je fus très honoré de savoir, à plus de 12 heures d’avion de la France, que ma fédération, la FFAAA, me reconnaissait comme tel. J’étais fier de ce grade et surtout de pouvoir encore servir ma fédération. Cela m’a fait quelque chose… d’autant plus que Christian Tissier recevait le 7e dan dans le même temps. Je lui ai envoyé un télex du Japon pour le féliciter. Ce fut pour moi un grand jour.
 

Merci beaucoup d’avoir partagé avec nous autant de souvenirs et d’informations. 

Par ivan - Publié dans : Interviews - Communauté : AIKIDO
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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /Sep /2009 12:49

Seiichi Sugano Senseï vient régulièrement à Bruxelles pour animer de grands stages dont le succès ne se dément pas. Il faut dire que la Belgique a longuement bénéficié de son enseignement et la plupart de ses anciens élèves sont aujourd’hui des professeurs réputés.  Je republie ici une interview qu’il a eu la gentillesse de m’accorder il y a deux ans, lors d’un grand stage. L’interview s’était déroulée dans une pizzeria, et Sugano Senseï m’avait répondu avec une grande gentillesse et simplicité.

 

Pouvez-vous nous parler de vos débuts en Aïkido ? Quand avez-vous commencé ?
Seiichi Sugano : Je faisais du Judo et puis un jour j’ai vu des photos de l’Aïkido dans un magazine. Cela m’a intéressé et je suis allé au Hombu dojo. C’était en 1957, j’avais 17 ou 18 ans.

Qu’avez-vous fait ce premier jour au Hombu dojo ?
S.G. : C’était Kishomaru Ueshiba qui faisait cours ce jour-là. Je lui ai demandé tout de suite d’être uchi deshi. Il m’a regardé et m’a dit qu’il faudrait commencer par s’entraîner pendant un an avant de faire cette demande. J’ai donc commencé l’entraînement tout de suite.

Comment était l’ambiance au dojo à cette époque-là ?
S.G. : Il faut savoir qu’à l’époque le seul Aïkido qui existait c’était celui de O’Senseï. Aujourd’hui il y a beaucoup d’organisations, beaucoup de shihan qui ont leur propre style d’Aïkido, mais à l’époque c’était plus simple. On venait au Hombu dojo sans autre pensée que l’entraînement. D’ailleurs au programme il n’y avait que l’entraînement. Il n’y avait pas d’étude de l’Aïkido, pas de question, pas de pourquoi, pas non plus de code de l’honneur mal placé. On venait, on s’habillait et on s’entraînait.

(Dans l'ordre Suenaka, O Sensei, Sugano et Robert Nadeau)

Comment était l’enseignement de cette époque ? Etait-ce dur ?
S.G. : On venait et on pratiquait sans se poser de question. L’enseignement était traditionnel, sans explication. On était obligé de faire attention, de bien suivre tout ce qui se passait. Cela aiguise les sens, améliore l’attention.

Combien de temps avez-vous étudié au Hombu dojo ?
S.G. : J’y suis resté pendant six ans. Ensuite j’ai été en Australie pour fonder l’Aïkikaï dans ce pays. Je suis d’ailleurs toujours président de la fédération australienne. Ensuite, en 1979 je suis arrivé en Belgique où je suis resté 18 ans.

Ah mais vous parlez français alors ?
S.G. : (Rires). Non, non. Quelques mots, c’est tout. En Belgique il y a trop de langues c’est trop difficile. L’anglais c’est plus simple.

(Sugano dans ses débuts en tant qu'enseignant en Europe)

Depuis que vous enseignez, avez-vous noté une évolution dans l’Aïkido ?
S.G. : Oui. Avant les gens venaient pour découvrir ou pour s’amuser. Aujourd’hui le niveau international a monté. Des gens viennent vraiment pour étudier. Lorsque je suis des élèves pendant plusieurs années, je vois clairement ceux qui viennent chercher autre chose que de la détente.

Vous vivez à New York maintenant. Avez-vous noté des différences de pratique entre les USA, l’Europe et l’Australie que vous connaissez bien ?
S.G. : Quand il s’agit de l’Aïkido de l’Aïkikaï, c’est à peu près pareil partout. La différence n’est pas entre les pays ou les continents, mais plutôt entre les différences de compréhension de l’Aïkido, si c’est vu comme un art martial ou non. O’Senseï a cassé le cadre des arts martiaux traditionnels. Il a donné des principes et la possibilité de sortir du monde martial. L’Aïkido n’est donc pas un art martial au sens classique du terme.

Pouvez-vous m’expliquer ce qu’est l’Aïkido alors ?
S.G. : Tel que me l’a appris O’Senseï, l’Aïkido est fait pour développer l’amour et la compréhension entre les êtres humains. C’est donc avant tout une philosophie de vie. C’est aussi la raison pour laquelle l’entraînement n’est pas, ne doit pas être, uniquement technique, mais aussi philosophique. Sinon votre évolution est bancale. Il y a des principes derrière toute la technique et c’est cela le plus important. Par exemple pendant le stage j’ai dit « Se tenir entre la terre et le ciel ». Je vous donne ça tel que O’Senseï me l’a donné. On ne comprenait pas ce que cela voulait dire, mais il transmettait, il donnait une information qui était un principe philosophique. A mon tour je transmets, même si vous ne comprenez pas ce que cela signifie. Il faut beaucoup de pratique pour comprendre le sens de ce principe.

Pour l’enseignement de l’Aïkido, on peut dire qu’il y a trois niveaux :

  1. - La technique : le maître montre visuellement et démontre physiquement.
  2. - L’information : le maître donne des informations qui ne sont pas forcément compréhensible.
  3. - La compréhension : le maître fait comprendre les informations.

Quelles sont les clés philosophiques pour comprendre l’Aïkido ?
S.G. :
Pour commencer on donne une interprétation trop simple du mot Aïkido. Aï, union ou harmonie, Ki, énergie. Mais on peut avoir une lecture plus approfondie des kanji et du sens de ce mot. Pour O’Senseï Aïki voulez dire plutôt communication avec les dieux, ou développement de la personnalité. La pratique c’est avant tout s’élever ensemble. C’est pourquoi l’Aïkido est différent des autres arts martiaux. Un art martial à la base c’est se mettre en position favorable pour tuer l’autre. Quand on y réfléchis c’est toujours le même schéma d’attaque-défense, ce qui est assez simple à comprendre. O’Senseï a dépassé ça. Sa technique n’est pas pour tuer. L’entraînement physique et technique en Aïkido n’est pas fait pour devenir très fort, plus fort que l’autre. C’est juste pour l’avoir dans les mains. C’est comme une voiture qui peut aller à 200 Km/h, mais on roule tranquillement en relation avec les autres sur la route. C’est ce qui explique que l’Aïkido n’est pas un sport. Enfin ce que je dis, c’est ma vision des choses.

Avec votre expérience et votre niveau aujourd’hui, avez-vous encore des choses à étudier, des progressions à faire ?
S.G. : Oui ! Je dois continuellement m’entraîner et étudier pour pouvoir continuer à enseigner.

Si demain vous aviez un nouvel étudiant qui arrive dans votre dojo et ne connaît rien à l’Aïkido, quel serait votre premier conseil ?
S.G. : Je lui dirai juste de faire un essai. A ce moment-là, il n’y a pas d’explication ou de conseil à donner, c’est beaucoup trop tôt.

Diriez-vous que l’Aïkido est juste une expérience d’enseignement intéressante ou une façon de vivre ?
S.G. : Pour beaucoup c’est la façon dont on étudie qui fait la différence entre les deux. Chacun tire ce qu’il a envie de trouver, de la technique, de la détente ou une philosophie de vie. Mais ce n’est pas dans un stage que vous trouverez cette philosophie. Là c’est la joie d’être ensemble.

Avez-vous un message à donner aux lecteurs ?
S.G. : Allez au dojo, c’est tout.

Par Ivan - Publié dans : Interviews - Communauté : AIKIDO
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